Une vision anxiogène de l’Europe

Timide et inquiète, l’UMP véhicule une vision anxiogène de l’avenir des frontières de l’Europe et défend un projet sous dimensionné au regard de la crise de confiance que rencontre l’Union Européenne.

Aux questions légitimes de nos concitoyens : “que doit on, que peut on attendre de l’Europe” l’UMP propose une vision repliée sur elle même des intérêts de la France dans l’Europe.

Sur la question institutionnelle, deux propositions se combinent pour dessiner le portrait d’une Europe des nations très éloignée de l’objectif d’une Union politique, économique et sociale.

Nicolas Sarkozy propose l’adoption d’un “mini traité” qui reprend plusieurs dispositions du Traité
 Constitutionnel existant. A la question de savoir quel est l’objectif principal recherché par cette
 proposition, on finit par comprendre que le contenu de la réponse importe moins que la volonté de
 contourner l’étape d’un nouveau référendum sur l’avenir institutionnel de l’Europe. Nicolas Sarkozy
le confesse lui même quand il affirme que ce mini traité a vocation à être ratifié par voie
 parlementaire. La droite montre une grande continuité dans son approche du rôle et de la
 responsabilité de la France dans la relance de la construction européenne en soumettant les grands 
enjeux européens au diktat des petits calculs politiques nationaux.

A cette réforme minimaliste du fonctionnement de l’Union Européenne, s’ajoute une conception
 arrogante mais stérile du leadership de l’Europe.


Derrière “les coopérations renforcées ou les traités spécifiques” voulus par l’UMP, on retrouve la
 proposition de Nicolas Sarkozy de créer un directoire de l’Europe constitué des 6 grands pays de 
l’Union. Cette proposition est irréaliste et en contradiction avec les principes et valeurs de l’Union
 Européenne. Irréaliste, parce qu’elle suppose que la Grande Bretagne prenne l’exact contre-pied de la 
politique européenne qu’elle suit avec constance depuis plus de 30 ans. Cette initiative tourne en
 outre radicalement le dos aux valeurs du projet européen.

Qu’il faille des coopérations renforcées autour d’un noyau de pays volontaires dans le domaine social ou fiscal est une évidence. Mais là où les socialistes proposent une méthode volontariste et ouverte pour bâtir le modèle social européen, Sarkozy propose un super conseil d’administration de l’Europe sans autre projet que celui d’imposer la loi des 6 grands au reste de l’Union.

A propos de l’élargissement, l’UMP continue de puiser ses arguments pour rejeter l’adhésion de la
 Turquie dans des références essentiellement identitaires et culturelles et ignore la nécessité de
 clarifier et de stabiliser la frontière orientale de l’Union Européenne et de renforcer ses relations
 avec les pays du bassin méditerranéen.

L’UMP affiche également la volonté de “concentrer l’action de l’Europe sur les projets concrets”.
Hélas, là où l’UMP affiche ses ambitions européennes dans tous les domaines, éducation, recherche,
santé, écologie, immigration sécurité, elle ne dit pas un mot de la question budgétaire. La France
 présidera l’Union Européenne au second semestre 2008 au cours duquel sera préparée la révision
 des perspectives financières de l’Union qui courent jusqu’en 2013. A l’ordre du jour figureront les
 questions essentielles de l’évolution des ressources de l’Union comme la ventilation de ses dépenses.


On ne peut pas vouloir la réorientation des dépenses européennes en faveur de la croissance, de
 l’emploi et de la recherche et défendre un budget aussi faible et aussi mal dépensé que celui de l’UE 
aujourd’hui. Pourtant aux yeux de l’UMP, ce sujet n’existe pas. Pas une ligne ne lui est consacrée. 
On voit donc mal en quoi l’Europe de Sarkozy se distinguera de l’Europe actuelle de Barroso.


La demande d’une prise en compte d’objectifs d’emploi et de croissance par la Banque centrale
 européenne ne s’accompagne pas davantage d’une réforme de son statut qui permette un meilleur 
contrôle politique de celle-ci.


L’UMP souhaite la constitution de “grands champions européens”! Vœu pieux quand le politique
 délègue toute ambition en matière de politique industrielle aux ressorts du marché et aux lois de la
 concurrence. Les privatisations récentes dans le domaine de l’énergie démontrent que l’orientation
 de la droite française prolonge la politique de libéralisation et de dérégulation voulue par la 
commission Européenne.


Il est aussi question de combattre tous les dumpings, en allant même jusqu’à “suspendre” les aides 
européennes aux Etats Membres qui pratiquent le dumping aux dépens des producteurs français.
 Hélas, ces propos relèvent de la pure gesticulation.

Rappelons les faits : 
L’Union Européenne s’est élargie, au premier janvier 2004, à 10 pays dont le PIB par habitant est 
largement inférieur à la moyenne de l’UE des 15.

Pourtant, quelques jours avant cette date, Jacques
 Chirac et son gouvernement signent une lettre, avec cinq autres pays “contributeurs nets” au budget
 de l’UE (Royaume-Uni, Pays-Bas, Autriche, Suède, Allemagne), demandant une réduction du
 budget européen à 1% maximum du PIB de l’UE.

C’est cette “lettre de cadrage budgétaire” qui est à 
la base de l’accord final sur les Perspectives Financières 2007-2013, approuvé, au Parlement
 Européen, par les élus UMP et rejeté par ceux du PS, qui consacre un budget européen en baisse. 


Dés lors, les pays moins riches de l’Est Européen, ne peuvent compter sur une solidarité européenne
 à la hauteur des besoins et sont réduits à jouer de leurs avantages compétitifs : fiscalité avantageuse
 et faibles coûts salariaux.


Ce mouvement est d’ailleurs approuvé et démultiplié par la Commission Européenne, qui, en
 proposant la directive sur les services, dite Bolkestein, a voulu encourager la mise en concurrence
des territoires européens dans le secteur des services (2/3 des emplois et du PIB de l’Union). Cette
 directive a depuis été votée en deuxième et dernière lecture par le Parlement Européen, encore une 
fois avec l’appui des élus UMP et malgré l’opposition des élus PS, et entrera prochainement en
 vigueur.

Certes aujourd’hui, et grâce aux mobilisations syndicales et au travail parlementaire, cette 
directive a été améliorée, il n’en reste pas moins qu’en ne proposant aucune mesure concrète
 d’harmonisation, elle installe une logique de concurrence vers le bas et renonce à l’ambition d’une 
convergence vers le haut.


L’UMP demande également que “le rôle des services publics dans l’équilibre économique et social
 des pays européens qui le souhaitent soit reconnu et préservé”. Il est regrettable que cette ambition
 généreuse ne soit pas confirmée ni dans la politique que mène le gouvernement en France, ni par le
 comportement des élus UMP au Parlement Européen.

Ainsi, par exemple, lorsqu’il s’agissait de
voter l’exclusion du champ d’application de la directive Bolkestein l’ensemble des services sociaux
 d’intérêt général, pour qu’il ne soit pas soumis aux mêmes règles que les services marchands, les
 élus UMP ont préféré se ranger derrière la majorité du Parlement.


Notons enfin que le projet UMP ne fait aucune mention de la nécessité d’une directive cadre sur les 
services d’intérêt général. Or, aujourd’hui la défense et le développement des services publics en 
Europe passent obligatoirement par une initiative législative européenne, qui protège les services 
publics des libéralisations sectorielles.