Culture et UMP, hum…
I) Les contradictions entre le bilan de la droite 2002-2007 et ses propositions.
1. Le budget de la culture.
L’UMP veut « augmenter et protéger le budget de la culture »,
tout en «réorientant les aides sur la création… plutôt que… sur le fonctionnement ».
La
droite au pouvoir a fait le contraire : baisse du budget, notamment délabrement du
patrimoine et abandon des actions de proximité, en direction des publics, et des politiques
territoriales, tout en camouflant cette réduction de l’effort financier pour la culture par
divers artifices.
2. L’éducation artistique et culturelle.
L’UMP veut en faire une priorité, en tant « que levier de la démocratisation culturelle », après l’avoir sacrifiée depuis 5 ans ! Le plan « art à l’école » adopté en 2002 sous l’égide de Jack Lang et Catherine Tasca, qui prévoyait la généralisation de l’éducation artistique à l’école, a été réduit en poussière, et les crédits ont été sabrés, au grand dam des enseignants et des artistes. Pour faire bonne mesure, une pincée de discrimination positive à la mode sarkozienne est ajoutée : les jeunes dotés de talents artistiques verraient ceux-ci « valorisés pour l’accès aux grandes écoles ».
3. Les intermittents.
Le projet entend « construire un dispositif pérenne d’indemnisation du chômage des intermittents ». Mais le protocole de juin 2003, comme le nouveau d’avril 2006 ont gravement mis en cause le régime d’indemnisation du chômage des intermittents, et fragilisé toute une profession, sans produire les économies escomptées sur le déficit de l’UNEDIC. Le MEDEF les a imposés, le gouvernement a agréé celui de 2003 et s’apprête à le faire pour celui de 2006. Contrairement aux engagements ministériels, la réforme n’est ni pérenne ni juste. Par quel miracle le deviendrait-elle avec l’UMP toujours au pouvoir après 2007?
4. Le droit d’auteur et internet.
Le projet se veut ambitieux et offensif à propos d’internet : rattrapage du retard technologique, formation, équipement, soutien des entreprises innovantes, mise en ligne gratuite du patrimoine tombé dans le domaine public.. On évoque aussi la nécessité d’assurer l’interopérabilité, de favoriser le logiciel libre, de soutenir les droits d’auteurs et droits voisins, de développer les offres légales… Le seul problème est que la loi DAVSI votée en juillet 2006 par l’actuelle majorité va totalement à l’encontre de ces beaux objectifs! La loi DAVSI n’a pas su trouver le bon équilibre entre les droits d’auteurs et les aspirations des internautes, et n’a nullement préparé l’avenir (interopérabilité, logiciel libre…). Quant au développement de l’offre légale, le projet propose « la création d’une agence pour résoudre les conflits entre ayant-droits et les professionnels de l’internet ». Est-ce à dire que l’UMP veut d’ores et déjà remplacer la nouvelle autorité administrative mise en place par cette même loi, l’Autorité de Régulation des MTP (mesures techniques de protection)? Est-ce l’aveu que cela ne marche pas?
II) La droite fidèle à elle-même
1 Le soutien de l’initiative privée privilégiée.
On retrouve une autre spécialité de la droite (la recherche du financement privé, la promotion du mécénat, la confiance en l’initiative privée plutôt qu’en l’intervention publique) dans la proposition de « lever les obstacles au développement du mécénat et des fondations », et dans la foulée, une « obligations de résultat », est demandée aux grands établissements publics nationaux, pour ce qui est de « l’association de partenaires privés ». La gauche n’est nullement hostile au développement du mécénat et des fondations, qu’il convient d’encourager, mais l’intervention privée ne doit pas se substituer à l’intervention publique, et donner le prétexte à cette dernière pour se retirer. Sous le couvert de faciliter le développement de l’action de la société civile dans la culture, la droite organise le repli de l’Etat, et la prégnance croissante de la logique du marché sur celle du service public.
2. La perspective du démantèlement de l’Etat profilée.
L’UMP propose de « confier l’attribution des aides à la création à des agences indépendantes, composées d’experts, d’artistes et de représentants du public ». L’idée est inspirée des Arts Councils anglais, où il est de tradition d’appliquer le principe d’ « arm’s length » dans la culture. « Puisque la politique culturelle est aujourd’hui paralysée, sortons-la de l’Etat ». Or les aides attribuées par l’Etat le sont aujourd’hui majoritairement après avis, quasi-toujours suivis, de commissions composées d’experts et de professionnels, et le problème essentiel de la politique culturelle n’est pas celui de l’indépendance décisionnelle par rapport à un Etat qui serait arbitraire dans ses choix. Derrière cet argumentaire, se cache la volonté de réduire le rôle de la puissance publique et les missions de service public.
III) Des silences significatifs et des faiblesses avérées.
1. Silence radio sur l’audiovisuel, les médias et les industries culturelles avec une seule proposition « l’accroissement des obligations des chaînes publiques en faveur des émissions culturelles, notamment aux heures de grande écoute ». Rien n’est dit sur le sous-financement de l’audiovisuel public, auquel il convient pourtant de remédier si l’on veut instaurer une telle mesure et sortir de la logique de l’audimat. Rien n’est dit non plus sur les difficultés de la presse écrite, sur les processus de concentration économique et financière dans les medias comme dans les industries culturelles, sur la réforme pourtant nécessaire du CSA, sur le soutien du cinéma français et de la production indépendante…
2. Une mesure qui se veut phare, la gratuité dans les musées nationaux. Le coût de cette mesure n’est pas évoquée, et pour cause: 150 M euros en fait ! Dans l’état de délabrement financier que le pouvoir actuel laisse le budget culturel, et alors que les besoins insatisfaits s’accroissent dans tous les secteurs de la vie artistique, la mesure apparaît démagogique. La réflexion sur la politique tarifaire mérite d’autres propositions, plus ciblées en faveur des catégories populaires et des jeunes, et davantage susceptibles de faciliter l’accès à la culture qu’une mesure dont on connaît par ailleurs les risques d’effet d’aubaine au profit de ceux qui fréquentent déjà les institutions culturelles.
3. Négligences sur le patrimoine.
Une mesure pour « la création d’antennes locales des musées parisiens »: mais cette action a été déjà engagée, le dire n’apporte rien de neuf. Une mesure pour « l’ouverture accrue du patrimoine d’habitude fermé au public »: certes , mais avec quels moyens et sous la responsabilité de qui ?
4. Impasse sur la diversité culturelle.
Le document de l’UMP y consacre un développement: « assumer notre responsabilité en matière de diversité culturelle ». Il évoque la diffusion de la culture française à l’étranger, le retard technologique des entreprises françaises sur internet, le bilinguisme, la francophonie… Et quid de la diversité culturelle en France? Quid du besoin d’expression, de soutien, et de reconnaissance des cultures urbaines ou issues de l’immigration? Quid des inégalités dans et par la culture, parce que la dite diversité y est encore trop négligée? Quid des aspirations et des droits culturels de larges couches de nos concitoyens?
IV) La priorité affichée : une ambition française.
Pas moins de 9 propositions sur 22 sont consacrées à l’action culturelle extérieure et à la place de la France dans le monde. Il n’est pas exclu de penser que l’UMP de Nicolas Sarkozi veut faire de la culture un instrument de politique extérieure, au service d’une image gratifiante du pays et de son dirigeant espéré et in fine flatter à bon compte le sentiment de fierté nationale de nos concitoyens.
Le souci de rationaliser les outils de l’audiovisuel extérieur comme la carte des postes diplomatiques et des implantations de centres culturels français à l’étranger est omniprésent : cette rationalisation est souhaitable mais, conduite par la droite, elle risque de conduire à un rétrécissement et à une concentration des moyens sur quelques-uns. De même, l’accueil des artistes étrangers en France y est vu sous l’angle de l’accueil des « élites artistiques et intellectuelles », que l’on aura donc préalablement sélectionnées au profit de l’image de la France, mais sans concevoir dés lors une politique de codéveloppement dans la culture.

